Mardi 23 Octobre 2018

Association des quartiers de la place de Clichy, des avenues de Clichy et de Saint-Ouen

Foire aux Livres . Rue Davy. Samedi 15 septembre 2018

 

Chers amis, cette année Verlaine passa rue Davy,

Samedi 15 septembre, il arriva très tôt par le haut de la rue. Bien que sobre ce matin là, il titubait un peu, de ce léger vertige qu'un réveil trop matinal et trop brusque peut produire...il ne voulait pas être en retard à la fête du Livre. Nous le vîmes apparaître, barbe broussailleuse, flanqué de son chapeau de feutre déformé et de son manteau de prince pauvre, élimé et effrangé. On eut pu croire à quelque malandrin mais son regard empreint de simplicité naïve rassura les chalands.

Découvrant notre rue, il s'arrêta soudain, interdit, ébahi. Une jonchée de livres recouvrait la chaussée , comme s'il en avait plu toute la nuit!

Vous le vîtes alors, comme je le vis moi-même, descendre nonchalant notre rue pomponnée, tanguer d'un stand à l'autre, lente sinusoïde, explorant une à une ces échoppes de fortune dressées à ciel ouvert. Il feuilletait en passant des bouquins à trois sous, prose ou poésie, articles divers et disait quelques mots aux libraires d'un jour. Accrochés aux sommets de nos rinceaux urbains, il vit que son portrait peint de vives couleurs, bien plus grand que nature, pavoisait notre rue de haut jusqu'en bas.

Il n'y avait plus de doute, il était bien l'hôte de la rue.

Délaissant un moment ces étals somptueux, il s'attarda un peu à un angle de rue où flûte et violoncelle envoûtaient les badauds , dans un duo charmeur.

Il fila son chemin et entendit soudain, sous l'oeil clignotant d'un vert caducée un gamin de Paris , chanter, poings sur les hanches, du haut de ses trois pommes : "Société, tu ne m'auras pas"  Essuyant d'un doigt gourd une larme discète, il fit le voeu sincère que tout cela advint.

Encore un peu plus loin, encore un peu plus bas, il découvrit surpris, que quatre mains affolées, agiles autant que souples, faisaient danser Ravel sur un piano de rue.

Il continua toujours et se trouva témoin, sans doute malgré lui, de la mort d'une vieille marionnette. Spasme de carton-pâte, agonie de ficelles qui semblaient plus réelle que celles des vivants.

Mais fort heureusement l'astre d'or notre ami, avait empli la rue et tombait en paillettes sur les visages souriants. Nul Monsieur Prud'homme ce jour là rue Davy, juste des gens de peu, petites gens de rien mais formant un grand tout, simples vies minuscules d'un Peuple Majuscule.

Marchant à pas de loup, il osa pénétrer dans la cour intérieure d'un grand immeuble blanc où des illuminés, en rêveurs post-modernes  déclamaient à voix nue ses propres vers...à lui!

Il n'y avait plus de doute, il était bien l'hôte de la rue.

Encore un peu plus loin encore,encore un peu plus tard, trompinette et guitare se mirent à résonner tandis que des voix pures aux amples tessitures dialoguaent sans arrêt à coup de mélopées d'un jazz-syn-co-pé. Il eut aimé danser, il eut aimer rester mais il dut continuer son bonhomme de chemin, apercevant soudain à quelques pas de lui une petite troupe, conférence nomade, marchant à bonne allure, écouter recueillie, les détails égrénés des affres de sa vie.

Notre pauvre Lélian, avant de nous quitter, pivota sur lui même, d'un geste malhabile retira son chapeau, puis le genou à terre, en Prince respectueux, face à la rue Davy tira sa révérence.

C'était un beau salut, c'était un grand merci qui s'adressaient à vous, amoureux du quartier, amoureux de la rue et de la vie aussi, si fidèles soutiens, artistes généreux, artisans magnanimes d'une modeste fête qui, portant tête haute, ne doit rien à personne...excepté à vous tous, indubitablement.

Notre pauvre Lélian achevait sa balade. Il eût sans doute aimé à en faire une ballade, mais le jour déclinait, il était déjà l'heure.

Où la lune plaquait

Ses teintes de zinc

Par angles obtus...

On le vit s'en aller, démarche chaloupée, regagner ses pénates Cimetière des Batignolles...y chercher l'or du temps.

Bruno