Rue Davy septembre 2025

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13 Septembre 2025, la rue Davy célébra Anne Sylvestre, grande dame de la chanson, connue pour ses fabulettes, moins connue pour ses « chansons pour les grands », alors que celles-ci constituent un répertoire colossal. Cette autrice-compositrice-interprète, pourtant incontournable, est aujourd’hui tombée quelque peu dans l’oubli. Mais comme l’écrivait le père Hugo, « l’oubli n’est autre chose qu’un palimpseste ».

Aussi la rue Davy avait à cœur de révéler à nouveau celle qui aimait les gens qui doutent.

13 Septembre 2025, la rue Davy ouvrit ses bras tout neufs pour accueillir les bouquinistes amateurs, les fidèles chalands et les quelques trouvères urbains dont les musiques et les voix résonnèrent toute la journée dans le quartier.

Ses deux trottoirs élargis aux caniveaux définitivement vides de voitures donnaient soudain à la rue Davy une étendue si vaste, qu’une fois déroulée dès potron-minet sa couverture de livres, elle apparaissait comme une rivière aurifère aux vaguelettes d’offset blanc et de bouffant ivoire, aux ondulations de couché mat parsemées parfois de papier bible, rides ininterrompues et sémillantes au petit vent d’automne, où tout un chacun pouvait y plonger les mains et ramener des pépites.

Rue Davy, il n’y eut pourtant jamais de vergé de Hollande encore moins de papier Chine ou Japon, jamais d’incunables ni de dorures sur tranches, jamais de ces livres sous vitrines qu’il faut toucher avec les yeux et pour lesquels la transaction se fait à la calculette.

La bibliophilie haut de gamme n’est pas de mise à la Fête du Livre.

Non, rue Davy ça sent bon le bouquin d’occasion et la poussière de livre, celle qui picote le nez et fait tousser un peu. Ça sent bon le livre lu, celui qu’on tend à l’ami qui passe, à sa voisine, à son voisin, en lui disant :

« Tiens lis-ça c’est vraiment bien ».

Rue Davy, ça sent bon le livre aux pages mille fois tournées et retournées mais toujours respectées.

Rue Davy, ça sent bon le livre un peu usé, corroyé par des dizaines et des dizaines de mains, parfois fatigué mais heureux d’être encore là.

Rue Davy, ça sent bon le livre que l’on cherche depuis des années et que l’on trouve tout à coup sur un tréteau de fortune où à même le trottoir, le livre sur lequel on se précipite fébrile de peur qu’il ne disparaisse dans d’autres poches.

Rue Davy, ça sent bon les regards complices un bouquin dans chaque main, et un autre sous le bras, ça sent bon le flâneur, le bibliophile léger d’argent, le bibliophage gourmand et insatiable.

Rue Davy, ça sent bon le butineur d’étals qui prépare son miel de chimères, d’illusions et d’irréalité.

Rue Davy, ça sent bon le lecteur qui aime partager, le passeur de rêves, l’amoureux de la rue et de l’art d’y vivre, ça sent bon le piéton de Paris.

Rue Davy, ça sent bon la poésie enfouie au plus profond de chacun, notre quintessence.

 

Rue Davy, ce samedi 13 septembre, comme à chaque fête du livre depuis plus de vingt ans, en tendant l’oreille on aurait pu entendre cette réplique de Louis Jouvet dans la dernière scène d’Entrée des artistes :

« … Mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son art ».

 

Aux artistes que vous êtes, aux artistes que nous sommes, car vivre est art, certes parfois difficile, la rue Davy vous donne rendez-vous en septembre 2026 sur son macadam piétonnier, ses deux larges bras tendus habillés de bouquins pour une nouvelle étreinte amicale sous le soleil d’automne.

 

Bruno Godard

Animateur de l’association Du côté de la rue Davy

Date de publication : 
17 décembre 2025