Samedi 21 Avril 2018

Association des quartiers de la place de Clichy, des avenues de Clichy et de Saint-Ouen

L'environnement commercial de l'avenue de Clichy

En 2004, la RATP a commandé une étude sur quatre stations de la ligne 2 dont celle de la Place Clichy (évolution de l'environnement commercial et du peuplement, analyse des formes urbaines et de l'espace public autour de Belleville, Barbès, Jaures, Clichy). Elle a été réalisée par Geneviève Lavagne, dans le cadre de l'université Paris X. Près de 100 pages sont consacrées au seul quartier de la Place de Clichy. Cette étude a été publiée dans le bulletin n° 14-15 (été/automne 2015). Geneviève Lavagne a accepté de répondre aux questions de déCLIC 17/18.

Q : Quel était l’objet de cette étude ?

R : J’ai participé à cette étude avec trois autres étudiantes en fin d’études du DESS Aménagement urbain et Développement Local (ParisX-Nanterre). Elle répond à une commande de la RATP (Mission Prospective du Pôle Développement et Politique de la Ville). Neuf mois sur le terrain, d’observation, d’entretiens avec des commercants, des habitants, des acteurs publics, économiques et associatifs nous ont permis de mettre en lumière l’évolution depuis dix ans de l’offre commerciale de ces quatre quartiers, en liaison avec l’évolution de la population et d’en étudier l’incidence sur l’espace public.

Q : Comment avez-vous ressenti l’organisation spatiale et humaine de la place de Clichy ?

R : Pour moi, provinciale du Vaucluse, ce fut une expérience riche, mais, d’emblée j’ai été effrayée par tout ce bruit. On perçoit comme une dangerosité. Puis, semaine après semaine, après avoir minutieusement étudié l’espace bâti, interrogé les commercants, les habitants et les visiteurs, j’ai pu constater d’importantes différences entre le nord et le sud de la place. C’est vrai du bâti et c’est l’héritage de la barrière des Fermiers Généraux . De ce point de vue, la place est bien restée une barrière nord-sud. C’est vrai aussi pour l’animation et la densité des commerces. Prenons pour exemples la rue de Florence (8e) et la rue Biot (17e) : le « commerce ethnique » ne s’étale pas uniquement sur les grands axes comme l’avenue de Clichy, mais il est aussi très présent dans certaines rues secondaires comme la rue Biot. Et à l’opposition nord-sud s’ajoute une opposition est- ouest. En fait, les clivages se calent bien sur les limites administratives.

Q : Qui fréquente ce quartier de la place de Clichy ? Vient-on de loin ?

R : En plus des habitants du quartier et de ceux qui y travaillent, différentes clientèles convergent place de Clichy. C’est un lieu nocturne célèbre où l’activité ne s’arrête jamais, avec des restaurants ouverts très tard, dans la mouvance Montmartre-Pigalle, avec la présence de touristes en groupe, souvent en car. C’est aussi un secteur qui, par la ligne 13 recçoit des visiteurs venus de banlieues desservies par cette ligne. Ceci explique largement l’existence des commerces ethniques avenue de Clichy et dans certaines rues au nord de la place.

Q : Vous employez l’expression « commerces ethniques ». Pouvez- vous les définir ?

R : On appelle commerce ethnique une activité pratiquée par des personnes qui utilisent des réseaux de solidarité ethniques pour le fonctionnement, l’approvisionnement, le recrutement du personnel et parfois même l’achalandage.

Q : N’est-ce pas là un concept un peu général ?

R : On peut préciser et différencier trois sous-catégories :

1- un commerce communautaire qui vend des produits fortement marqués et assimilés à une consommation de meme nature que celle des pays d’origine et de la clientèle visée ;

2- un commerce exotique qui propose des produits eux aussi fortement marqués mais visant une clientèle plus large ;

3 - un commerce banal qui correspond à la vente de produits courants, sans marque ethnique particulière à une clientèle indifférente, mais généralement, celle des pays d’accueil. Les deux premières catégories de commerce sont fortement représentées au nord de la place de Clichy et gagnent régulièrement du terrain.

Q : Disposez-vous d’éléments chiffrés pour étayer cette affirmation ?

R : Nous avons effectué un recensement exhaustif des commerces, rue par rue, en 2003, que nous avons comparé au recensement réalisé par l’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme) en 2001. Les cartes que nous avons réalisées sont édifiantes. Au nord de la place, l’offre commerciale tourne un peu plus le dos au quartier pour s’adresser principalement à une population de passage pendant que disparaissent les commerces de proximité. C’est particulièrement vrai avenue de Clichy et rue Biot. Ajoutons le nombre important de commerces vacants, jusqu’à 50 % dans certaines rues (mais pas avenue de Clichy). Au nord de la place, les commerçants étrangers, flexibles, s’adaptent au marché et aux nouveaux besoins de la clientèle venue d’ailleurs : les taxiphones remplacent les maroquineries et les restaurants halal se multiplient. Au sud de la place, comme rue d’Amsterdam, s’installent de grands magasins d’enseignes.

Q : Pendant votre enquête de terrain, quels types de contact avez- vous eus avec vos interlocuteurs ?

R : Nous avons systématiquement tenté d’interroger les commerçants. Pour ce qui est des commerces ethniques nous avons eu de grandes difficultés à établir un vrai contact. Nous avons eu le sentiment que ces commercants ne voulaient pas répondre à deux jeunes femmes. Leur réticence peut aussi s’expliquer par le fait qu’ils craignaient que nous ne travaillions pour le fisc ou l’inspection du travail. Quant aux habitants du quartier, ils nous ont dit et redit n’être satisfaits ni de l’offre ni de la présentation de l’appareil de l’avenue de Clichy. L’arrivée massive des taxiphones est particulièrement citée en exemple, du fait notamment de leurs devantures voyantes et inesthétiques et des enseignes criardes.

En savoir plus : Joseph Isaac, L’espace public comme lieu de l’action, Les annales de la recherche urbaine

 

 

Date de publication : 
23 janvier 2018